Appel à contributions pour le Youth Track du Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium 2026 - date limite : 30 avril.
Published on: 07/04/2026
Quand j’ai commencé ma carrière, je ne travaillais pas dans le secteur de l’eau. J’ai étudié la banque, la finance et les assurances. J’ai passé plusieurs années dans le secteur financier, avant d’évoluer vers l’action humanitaire, puis vers la gouvernance. Ce n’est qu’en rejoignant IRC en 2019 que j’ai été confronté à toute la complexité des systèmes de gouvernance d’eau et d’assainissement au Sahel. Et j’ai alors compris une chose qui, depuis, structure profondément ma conviction professionnelle : la crise de l’eau en Afrique ne sera pas résolue par les seuls ingénieurs de l’eau.
En août prochain, le Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium 2026 se tiendra à Kigali, au Rwanda, du 17 au 21 août. Coorganisé par le Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW) et IRC, ce symposium n’est pas une conférence technique de plus. C’est un espace politique, institutionnel et financier, où dirigeants africains et partenaires internationaux se retrouveront autour d’un impératif commun : bâtir, à l’échelle du continent, des systèmes de gouvernance d’eau et d’assainissement crédibles, résilients et capables d’attirer l’investissement.
Et au sein de ce grand rendez-vous continental, nous construisons quelque chose d’inédit : Youth Track (un parcours jeunesse) pensé non pas pour des spectateurs, mais pour des porteurs de solutions.
J’ai l’honneur d’en assurer le pilotage. Et je voudrais expliquer ici pourquoi cela compte — et pourquoi cela devrait vous concerner, quelle que soit votre discipline professionnelle.
Mon travail avec les communautés et les collectivités locales au Niger — l’un des contextes les plus fragiles au monde — m’a appris une leçon fondamentale. Le défi de l’accès durable à l’eau potable ne se résume pas aux tuyaux, aux forages ou aux pompes. Il touche à la gouvernance, au financement, aux données, à la redevabilité et à la crédibilité des institutions chargées de fournir le service.
Quand une commune ne parvient pas à recouvrer les tarifs, quand un opérateur n’est pas capable d’expliquer ses pertes d’eau, quand un régulateur ne dispose pas de données fiables pour orienter ses décisions, nous ne sommes pas face à de simples défaillances techniques. Nous sommes face à des défaillances systémiques.
Le symposium de Kigali repose précisément sur cette idée : l’Afrique n’a pas seulement besoin de construire davantage d’infrastructures ; elle doit transformer ses systèmes de gouvernance d’eau et d’assainissement. Et cette transformation exige une nouvelle génération de professionnels capables de penser au-delà des frontières sectorielles, de comprendre qu’un système de facturation peut être aussi décisif qu’un forage, et qu’une plateforme de redevabilité peut avoir autant d’impact qu’une station de traitement.
Le Youth Track, officiellement intitulé African Youth Solutions & Innovation Dialogues, n’est ni une activité parallèle, ni un panel symbolique. C’est un programme structuré, conçu pour sélectionner 20 initiatives portées par des jeunes, parmi les plus prometteuses en Afrique et dans la diaspora, et les placer au cœur même de l’agenda du symposium.
Ce qui le distingue est simple.
D’abord, nous ne recherchons pas des discours de plaidoyer. Nous recherchons des solutions opérationnelles, des modèles économiques solides et des technologies prêtes à changer d’échelle. Les 20 initiatives retenues présenteront directement leurs propositions devant un panel de décideurs institutionnels : responsables publics, dirigeants d’opérateurs, régulateurs et investisseurs. Il ne s’agit pas d’un concours de prix. Il s’agit d’une plateforme de mise en relation, pensée pour déboucher sur de vrais partenariats et, idéalement, sur de vrais contrats.
Ensuite, le parcours est structuré autour de quatre sessions thématiques, qui reflètent les grands piliers de la transformation systémique :
Chaque session combinera des présentations structurées, des échanges intergénérationnels avec des experts de haut niveau, ainsi que des séquences de rencontres professionnelles rapides pour favoriser des connexions concrètes.
Enfin, et c’est sans doute le plus important : nous avons délibérément conçu ces catégories pour attirer des talents bien au-delà du secteur traditionnel de l’eau.
Soyons clairs. Si vous êtes un jeune développeur de logiciels travaillant sur des plateformes de suivi en temps réel, ce parcours est pour vous.
Si vous êtes un entrepreneur fintech développant des solutions de paiement mobile capables d’améliorer le recouvrement des recettes des opérateurs, ce parcours est pour vous.
Si vous êtes un spécialiste de l’environnement concevant des solutions fondées sur la nature pour protéger les bassins versants ; un data scientist utilisant l’intelligence artificielle pour optimiser la planification des investissements ; un stratège en business développant de nouveaux modèles de prestation communautaire ; ou encore un expert en gouvernance créant des plateformes de participation citoyenne — ce parcours est pour vous.
Les institutions et organisations africaines d’eau et d’assainissement ont précisément besoin de cette diversité de compétences que porte aujourd’hui la jeunesse du continent. Réduire les pertes d’eau non facturée suppose des capteurs et de l’analyse de données. Améliorer l’expérience usager exige du design numérique et de l’économie comportementale. Développer l’assainissement circulaire requiert des compétences en génie chimique et en chaîne d’approvisionnement. Renforcer la transparence réglementaire dépend du développement logiciel et de l’architecture des données ouvertes.
Aucune de ces compétences n’est, au sens strict, une compétence “classique” du secteur de l’eau. Pourtant, elles sont toutes essentielles à sa transformation.
Mon propre parcours — de la banque et de la finance à l’action humanitaire, puis au renforcement des systèmes publics en Afrique de l’Ouest — en est la preuve. Les contributions les plus utiles viennent souvent de celles et ceux qui apportent un regard neuf sur des problèmes anciens. L’innovation ne respecte pas les frontières disciplinaires. Nous ne devrions pas les respecter non plus.
Les 20 initiatives retenues dans le cadre de notre appel à candidatures compétitif, ouvert jusqu’au 30 avril, bénéficieront d’un accompagnement intensif dans les mois précédant le symposium : mentorat, préparation stratégique et coaching au pitch.
Pendant le symposium, chaque équipe disposera de 10 minutes pour présenter sa solution à des décideurs institutionnels, participera à des sessions de rencontres ciblées avec des partenaires potentiels et des investisseurs, et contribuera à la séance plénière de clôture.
Au-delà de Kigali, les initiatives sélectionnées figureront dans un compendium publié des solutions portées par la jeunesse, accompagné d’une feuille de route claire pour le suivi post-symposium. Nous posons également les bases d’un Innovation Fellowship, destiné à prolonger l’accompagnement et les connexions bien au-delà d’août 2026.
L’enjeu est clair : contribuer à faire émerger un vivier crédible d’entreprises africaines capables de devenir des partenaires de confiance pour les gouvernements, les opérateurs et les financeurs.
Au Niger, j’ai travaillé au renforcement des services EAH dans les centres de santé, là où l’absence d’eau propre n’est pas un simple inconfort, mais une menace directe pour la vie. J’ai accompagné des collectivités locales dans l’élaboration de plans stratégiques alignant leurs ambitions avec des trajectoires de financement réalistes. J’ai vu comment un engagement politique au niveau communal, lorsqu’il est soutenu par une expertise technique et une rigueur institutionnelle, peut produire de véritables changements, même dans des contextes extrêmement contraints.
Mais j’ai vu aussi autre chose : une génération de jeunes Africains — entrepreneurs, technologues, chercheurs et praticiens — prête à faire plus qu’hériter des systèmes de gouvernance existants. Cette génération est prête à construire les institutions et organisations dont nous avons besoin. Ce qui lui manque, ce n’est ni le talent, ni les idées. Ce qui lui manque, c’est l’accès : l’accès aux clients institutionnels, aux investisseurs, aux décideurs capables de dire oui.
Le Youth Track de Kigali est conçu précisément pour offrir cet accès.
Nous lançons un appel aux jeunes professionnels et entrepreneurs de 18 à 35 ans, basés en Afrique ou issus de la diaspora, pour soumettre leurs initiatives avant le 30 avril.
Que vous travailliez dans la technologie, la finance, les sciences de l’environnement, la gouvernance, l’ingénierie, la science des données ou le développement des affaires, une chose compte : votre solution peut-elle renforcer la crédibilité opérationnelle et la performance institutionnelle des systèmes publics d’eau et d’assainissement ?
Si la réponse est oui, alors nous voulons vous entendre.
La date limite du 30 avril approche. L’opportunité est réelle. Et le continent regarde.
La transformation de l’eau en Afrique ne sera portée par aucune discipline isolée. Elle sera portée par une génération qui refuse de travailler en silos, une génération qui comprend que les systèmes publics et institutions se construisent par des femmes et des hommes capables de penser au-delà des frontières habituelles.
Faites partie de cette génération. Rejoignez-nous à Kigali.
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Pour les modalités de candidature et les critères d’éligibilité, consultez le site du Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium 2026 : https://www.africawatersystems.org/fr/submissions.
Ismaël Ousmane est Coordinateur pays d’IRC Niger et pilote le Youth Track du Africa Water & Sanitation Systems Leadership Symposium 2026. Son parcours couvre la banque et la finance, l’action humanitaire et la gouvernance. Au sein d’IRC, il travaille en partenariat avec les autorités locales et nationales pour construire et renforcer les systèmes de gouvernance et institutions d’eau et d’assainissement dans l’un des contextes opérationnels les plus exigeants au monde.
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