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Published on: 02/04/2025

Il est évident depuis des années que le modèle traditionnel d'aide au développement du Nord et de l'Ouest était en déclin. Les politiciens nationalistes populistes des pays riches éprouvent un dédain particulier pour l'aide aux populations des pays lointains : « la charité commence chez soi ». Le choc de l'USAID était donc « sans précédent mais pas inattendu », comme l'a noté le DG de l'Amref, Dr Githinji Gitahi, dans un récent discours. Dr Gitahi a souligné que pour que le « centre tienne », il faudrait passer d'une approche curative à une approche préventive de la santé : plus d'eau potable, moins d'IRM. Et que cela exigera un leadership courageux et clairvoyant. Ce à quoi je ne peux que répondre Oui !

IRC et de nombreux compagnons de route du mouvement plus large de « renforcement des systèmes » entretiennent depuis longtemps une relation ambivalente avec l'APD traditionnelle. Nous comptons sur elle pour une grande partie de notre financement, mais nous restons profondément mal à l'aise avec son éthique caritative et coloniale sous-jacente. Pour ceux qui partagent la vision d'un leadership national responsabilisé et de systèmes nationaux solides, le séisme “Trump” suscite des émotions mitigées.

Profonde tristesse et colère pour ceux qui dépendent du système actuel : les personnes les plus vulnérables du monde vivant dans les pays les plus pauvres du monde. Oui, M. Musk, malgré vos mensonges, des enfants, des femmes et des hommes souffrent et continueront de souffrir inutilement à cause de ce vandalisme mal avisé. Nous éprouvons également de l'empathie pour ceux qui travaillent au sein du système d'aide au développement au sens large, des professionnels dévoués qui inondent désormais LinkedIn de messages « je suis disponible ».

Pourtant, tout cela s'accompagne d'un espoir timide que nous puissions peut-être tirer parti de ce choc pour construire quelque chose de meilleur à partir des cendres. Le système qui a été rasé était, à bien des égards, bien au-delà de sa date d'expiration et avait désespérément besoin d'être réformé. Avec toutes mes excuses à Nietzsche, c'est de la décolonisation à coups de marteau (ou peut-être de tronçonneuse !). La question devient : et maintenant ? Une mosaïque fragmentée d'élites dirigeantes concluant des accords avec des intérêts étrangers prédateurs ? Ou quelque chose de plus fort et de plus coordonné : des dirigeants nationaux fournissant des orientations visionnaires pour un monde au-delà de l'aide, où les pays plus riches continuent d'offrir une assistance basée sur des relations matures de respect mutuel ?

Lequel de ces futurs radicalement différents prévaudra, dépendra en fin de compte de la qualité et de la vision des dirigeants des pays bénéficiaires de l'aide. Et de la capacité d'organisations comme la mienne à faire passer le discours de l'aide, de la dépendance à l'action et au leadership locaux.

Pour simplifier à l'extrême, les nations dotées d'un leadership fort et d'une vision claire du développement (comme le Rwanda, où je me suis rendu il y a quelques semaines) sont susceptibles de prospérer dans un monde multipolaire. Comme l'a déclaré le président ghanéen John Dramani Mahama en réponse aux événements aux États-Unis : « Alors que les ponts brûlent, de nouveaux ponts se forment. » Le vide laissé par l'USAID a peu de chances de persister ; même si l'aide du Nord a diminué, le volume total de l'aide a augmenté avec l'arrivée de nouveaux acteurs tels que la Chine. À l'inverse, les pays qui n'ont pas la vision et le leadership d'un Rwanda (ou d'un Singapour, d'un Botswana, d'une Chine ou d'une Inde) continueront probablement à être confrontés aux pratiques coloniales rapaces qui ont dominé une grande partie du siècle dernier.

Lors de la Conférence internationale sur l'agenda de la santé en Afrique (AHAIC) à Kigali et quelques semaines plus tôt lors du congrès 2025 de l'Association africaine de l'eau (AFWASA25), j'ai été témoin de quelque chose de potentiellement transformateur dans les réponses dignes des uns et des autres, des dirigeants africains. Leurs expressions de vision, leurs appels à l'autonomie et leur reconnaissance que l'ancien paradigme est terminé suggèrent une nouvelle voie à suivre.

IRC et moi-même restons déterminés à aider nos partenaires (gouvernementaux et non gouvernementaux) à s'adapter à ce nouveau monde et à en tirer parti. Oui, nous devons nous aussi changer, ayant été directement touchés par les ordres d'arrêt de travail, qui ont immédiatement fait perdre environ 8 % de nos prévisions de revenus bruts pour 2025, et certainement plus à venir. Cela sera difficile à court terme, mais je reste ferme dans notre engagement envers nos partenaires et dans la construction de systèmes nationaux solides et indépendants qui briseront enfin les chaînes de la dépendance.

Sans précédent, oui. Attendu, certainement. Mais c'est ainsi. Nous devons maintenant nous tourner vers l'avenir et travailler ensemble pour construire quelque chose de plus fort et de plus résistant à partir des ruines.

 

Ce blog a été traduit de l'anglais par Juste Nansi, directeur de l'IRC Burkina Faso

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